NBA Awards : faut-il revoir la règle des 65 matchs joués ?
Le 07 janv. 2026 à 16:04 par Nicolas Meichel

Avec la blessure de Nikola Jokic et les absences répétées de Victor Wembanyama et Giannis Antetokounmpo, trois des meilleurs joueurs de la planète basket risquent fort d’être privés de NBA Awards en fin de saison. La raison ? La règle des 65 matchs joués minimum, qui fait plus que jamais débat.
Petit rappel avant d’aller plus loin : la règle des 65 matchs joués a été mise en place à partir de la saison 2023-24, dans le but premier de lutter contre le load management (les stars qui manquent des matchs pour se reposer). Elle empêche tout joueur ayant disputé moins de 65 rencontres sur 82 d’être éligible pour les récompenses suivantes :
- Le titre de MVP
- Le titre de Défenseur de l’Année
- Le titre de MIP (Meilleure Progression)
- Les All-NBA Teams
- Les All-Defensive Teams
S’il existe quelques exceptions et de petites subtilités dans cette règle, elle devrait logiquement empêcher des joueurs comme Nikola Jokic, Victor Wembanyama et Giannis Antetokounmpo (voire Luka Doncic) d’être récompensés en fin de saison. Le Joker est absent pour un mois à cause d’une blessure au genou, Wemby a déjà manqué 14 matchs sur 17 autorisés (mollet, genou), pareil pour Giannis qui a pas mal enchaîné les bobos depuis le début de saison.
Même avec 64 matchs joués en mode MVP, aucun de ces trois monstres ne peut prétendre à une récompense de fin de saison, ni même à une place dans la troisième All-NBA Team. Par contre, un joueur clairement moins dominant – type All-Star mais sans plus – qui jouera 66 matchs pourra y prétendre. Dit comme ça, difficile de ne pas s’interroger sur la pertinence de la règle.
Nikola Jokic has played in all 32 games for the Nuggets this season.
Denver plays one more game in 2025.
They play 17 games in January. Should Joker miss all of next month, he would fall short of the required 65 games played to qualify for MVP and other awards. pic.twitter.com/diX5HRJxOw
— ClutchPoints (@ClutchPoints) December 30, 2025
Ces interrogations sont d’autant plus légitimes qu’historiquement, depuis 2000, on a rarement vu un joueur décrocher une récompense individuelle en jouant moins de 65 matchs (dans une saison à 82 rencontres, hors lock-out ou pandémie).
- MVP : plus faible total = 66 matchs (Joel Embiid en 2022-23)
- DPOY : plus faible total = 56 matchs (Rudy Gobert en 2017-18, deux autres joueurs élus sous les 65 matchs)
- MIP : plus faible total = 57 matchs (Ja Morant en 2021-22, le seul)
Qu’est-ce que ça veut dire ? Que les votants (journalistes) faisaient eux-mêmes le tri pour éviter de récompenser un joueur n’ayant pas joué assez de matchs par rapport à la concurrence. Certes c’est à l’interprétation de chacun, mais il n’y avait pas cette limite stricte qui peut potentiellement manquer de pertinence au moment de comparer deux joueurs. Cela a permis à certains joueurs de décrocher un NBA Award en jouant moins de 65 matchs, mais la plupart du temps c’était mérité (en tout cas ça n’avait scandalisé personne).
Concernant les All-NBA Teams et les All-Defensive Teams, de nombreux joueurs ont été récompensés en jouant moins de 65 matchs avant la mise en place de la règle pour la saison 2023-24. Cela vaut tout particulièrement pour la troisième All-NBA Team, et la deuxième All-Defensive Team. Encore une fois, les votants jugeaient d’eux-mêmes et mesuraient l’impact des matchs ratés au moment de classer les meilleurs joueurs de la saison. Non pas que leurs choix n’étaient pas critiquables, mais c’était assez représentatif du niveau réel des joueurs ainsi que du déroulé de la saison.
« Je n’ai jamais été un grand fan de la règle des 65 matchs. C’est de toute façon difficile de gagner le MVP en jouant 63 ou 64 matchs, peu importe s’il y a une règle. Mais les All-NBA Teams, c’est différent pour moi. Pour la All-NBA Third Team, au minimum, il faudrait annuler la règle car je ne veux pas mettre un Julius Randle devant Kevin Durant ou Nikola Jokic juste parce que ces derniers ont joué 59 et 63 matchs, alors que tout le monde sait qu’ils sont meilleurs.
En tant qu’observateur de la NBA, et votant, j’aimerais avoir la liberté de choisir, je suis en capacité de prendre des décisions rationnelles selon le nombre de matchs joués, c’est mon job. Laissez-moi le faire. » – Zach Lowe, The Ringer
Le point sur la All-NBA Third Team est particulièrement pertinent, dans le sens où cela ouvre la porte à des joueurs qui ne font pas partie des 15 meilleurs de la saison, et qui finissent par être récompensés « par défaut ». Quand on sait qu’une nomination All-NBA peut booster le montant d’un contrat, on se rend compte que les conséquences dépassent la legacy individuelle des joueurs, le palmarès, les comparaisons historiques. Il y a un aspect financier à prendre en compte, autant pour les joueurs comme pour les équipes.
On a par exemple vu des joueurs – comme Tyrese Haliburton il y a deux ans – forcer sur leur corps pour atteindre la barre des 65 matchs joués, et ainsi se donner l’opportunité de décrocher un bonus sur son salaire. On vous laisse imaginer les conséquences sur la santé des joueurs et les blessures que cela peut provoquer. Alors certes, certains diront que les joueurs l’ont bien cherché à force d’enchaîner les RTT en saison régulière (load management), mais pas sûr que la règle des 65 matchs ait vraiment été la réponse la plus appropriée.
The 65 game rule has always been a terrible rule.
They say the rule was to prevent load management but it’s only hurt players with legit injuries. https://t.co/xkIQe5uOAz
— Drew Hanlen (@DrewHanlen) December 30, 2025
Alors, faut-il revoir la règle des 65 matchs joués ?
Les fervents défenseurs de cette règle diront que « availibility is the best ability » (la meilleure qualité, c’est d’être disponible pour son équipe), et que la règle est la même pour tout le monde. Ses plus gros détracteurs pensent qu’il faut carrément la supprimer.
Entre les deux, on peut imaginer quelques adaptations : par exemple lever la règle pour les équipes All-NBA / All-Defensive, ou baisser un peu le total de matchs afin que l’absence soit suffisamment significative pour qu’un joueur soit légitimement exclu des discussions. Cela pourrait être 58 participations (70% des matchs joués), pour s’aligner sur le nombre minimum de rencontres nécessaires pour faire partie des classements statistiques de fin de saison (meilleur scoreur…). Est-ce qu’on en reviendrait aux mêmes discussions endiablées qu’avec les 65 matchs ? Peut-être, mais elles auraient probablement moins de poids dans le contexte global.
Au final, chacun possède son avis sur la question mais une chose est sûre : la règle des 65 matchs est loin de faire l’unanimité.
