Édito : Bam Adebayo, le délit de (trop) grosse perf’ ?
Le 11 mars 2026 à 19:17 par Nicolas Vrignaud

83 points. Une marque invraisemblable, iréelle, atteinte par Bam Adebayo la nuit dernière. Une performance qui fait parler, parler et encore parler… parce qu’elle a peut-être fait trembler les fondations de notre imaginaire collectif.
Est-ce que Bam Adebayo a été trop loin ? Est-ce que ses 83 points et la manière derrière cette prouesse qu’on aurait pensé ne (potentiellement) jamais revoir ne seraient pas finalement une « insulte au basket » ? Est-ce une anomalie ? Autant de questions, sources de débats sans aucune fin, qui alimentent sans discontinuer les réseaux sociaux depuis le milieu de nuit.
On peut bien évidemment revenir sur la manière, en commençant par les Wizards, hagards et passifs du début jusqu’à la fin, tournant même certaines scènes au ridicule dans les ultimes minutes.
On peut aussi revenir sur le match de Bam Adebayo, le protagoniste. Une entame absolument monstrueuse, puis, au fur et à mesure que les secondes s’égrènent, une performance individuelle qui semble se transformer en stratégie d’équipe. Donner les ballons à l’homme de la soirée, lui permettre de rester sur le terrain tard dans la partie avec la complicité d’un Erik Spoelstra ne masquant manifestement pas son plaisir. On pourrait presque parler d’ôter l’aspect individuel d’une telle performance, la dévalorisant… mais vis-à-vis de quoi, finalement ?
Peut-être qu’au-delà d’avoir – comme certains le prétendent – bousculé voire insulté l’héritage de Kobe Bryant (qui avait pourtant fait du dépassement de soi son mantra) Bam Adebayo a d’abord bousculé nos certitudes. Bousculé le narratif durablement installé par la NBA et le basket en général au fur et à mesure de leurs décennies d’existence. Ce narratif qui a naturellement imposé le fait que ces performances surhumaines sont la propriété des légendes du jeu, et qu’elles soient des sortes de testaments de leur domination dans une époque donnée.
Hélas pour lui, Bam Adebayo ne coche sans doute ici aucune case. Il est un remarquable défenseur, mais certainement pas une menace offensive capable – dans l’imaginaire collectif – de se hisser au niveau de Wilt Chamberlain, et encore moins de Kobe Bryant, avec qui cette sorte de « biais de nostalgie » est multiplié du fait qu’il ait inscrit ses 81 points dans ce qu’on appellera communément « l’ère moderne » du basketball.
Oui, on aurait sans doute été bien plus complaisant – quoi que – si ces 83 points avaient été inscrits par un joueur qui colle mieux à l’idée que l’on se fait collectivement d’un attaquant de génie. Shai Gilgeous-Alexander, Anthony Edwards, Stephen Curry, Giannis Antetokounmpo, pour ne citer qu’eux.
Les réseaux sociaux ne sont bien sûr d’aucune aide dans ce processus de compréhension, démultipliant les angles de vue (parfois, souvent, complètement futiles) de cette performance qui, matériellement, reste quoi qu’il arrive actuellement une rareté statistique absolue… à moins qu’il ne s’agisse là d’une porte défoncée très brutalement ?
Comme nous avons collectivement célébré et célébrons encore le prodige d’un Bryant certes individualiste mais possédé à Los Angeles, ce soir du 22 janvier 2006, peut-être serons-nous amenés à célébrer non seulement les 83 points de Bam Adebayo mais ce que l’équipe autour de lui a déployé pour s’offrir une soirée dans l’histoire.
On retiendra Kobe et ses 81 points comme Kobe et ses 81 points. Bam Adebayo et ses 83 points s’installent avec beaucoup de fracas dans une catégorie que l’on pensait intouchable, le temps fera son oeuvre et jugera la portée de cette soirée, qui, quoi qu’il arrive, restera gravée pour le basket sinon pour les interminables débats qu’elle a suscités.
