Dossier : pourquoi le « second apron » dérange autant le syndicat des joueurs NBA
Le 13 juil. 2026 à 12:43 par Nicolas Meichel

En marge de l’effort financier réalisé par Victor Wembanyama, et le récent transfert de Jaylen Brown aux Sixers, le syndicat des joueurs (NBPA) est monté au créneau pour pointer du doigt les effets du « second apron ». Explications.
Petit rappel avant d’aller plus loin : le système des aprons a été mis en place dans le cadre du nouveau CBA signé en 2023 entre les propriétaires des franchises NBA et le syndicat des joueurs.
Au-dessus de la luxury tax (201 millions de masse salariale), taxe mise en place au début des années 2000 visant à pénaliser les équipes les plus dépensières de la NBA, il y a désormais le premier apron (209 millions), un seuil qui implique de nouvelles restrictions en matière de transferts et signatures de joueurs. Et puis il y a le second apron (222 millions), deuxième seuil qui, lui, terrifie carrément les dirigeants NBA.
Les effets du second apron
Voici les conséquences pour les équipes NBA qui dépassent le seuil du second apron :
- Plus de mid-level exception.
- Interdiction de recruter des joueurs sur le marché des buyouts si ceux-ci gagnaient plus que la mid-level exception avant la rupture de leur contrat.
- Interdiction d’utiliser du cash dans un trade.
- Interdiction de recevoir plus de masse salariale dans un trade.
- Interdiction d’utiliser plusieurs joueurs de son effectif pour faire signer un seul joueur en matchant les salaires (ex : un joueur a 20 millions de salaire, l’équipe ne peut pas le recruter en envoyant deux joueurs qui coûtent 10 chacun).
- Restrictions pour la Trade Player Exception.
- Interdiction de transférer le pick de Draft situé à N+7 ans.
- Si l’équipe continue de rester au-dessus du seuil sur les années suivantes, le choix de Draft sera automatiquement transformé en un pick 30, peu importe le classement de l’équipe.
Le cas Victor Wembanyama
Ce week-end, dans sa prolongation de contrat aux Spurs, Wemby a fait une croix sur un bonus potentiel de 50 millions de dollars afin d’apporter plus de flexibilité à la franchise de San Antonio lors des années à venir, et donc théoriquement augmenter ses chances de titre (un peu comme Jalen Brunson avec les Knicks il y a quelques années). Un geste globalement salué en NBA, mais qui agace le syndicat des joueurs.
« Nous pensons que les joueurs devraient prendre des décisions pour eux-mêmes, sans devoir faire attention à l’argent » a déclaré le directeur de la NBPA David Kelly (via ESPN). « Le système ne devrait pas obliger un joueur à porter ce poids, et assumer la responsabilité de maintenir une équipe ensemble. C’est un problème. »
Vous l’avez compris, le syndicat des joueurs ne condamne pas la décision de Victor, mais plutôt le système en place qui l’aurait poussé à prendre cette décision. D’autant plus que cela va donner un argument en béton pour les dirigeants et propriétaires NBA dans de futures négociations avec leurs stars, eux qui pourront souligner l’effort financier réalisé par Wembanyama – phénomène générationnel et Top 3 joueurs NBA – pour prolonger leurs joueurs à un contrat en dessous du supermax.
Au moment de la signature du CBA, le syndicat des joueurs n’imaginait sans doute pas que celui-ci puisse impacter négativement le salaire des joueurs, permettant dans le même temps aux proprios de réaliser des économies.
En marge de l’effort financier réalisé par Victor Wembanyama ce week-end, et le transfert de Jaylen Brown, le syndicat des joueurs est monté au créneau face au second apron :
« Nous ne sommes pas favorables au 2e apron. Ce n’est pas nous qui avons proposé ça. Nous aurions dû… pic.twitter.com/qvSULMYMj1
— TrashTalk (@TrashTalk_fr) July 13, 2026
Autre conséquence du second apron que la NBPA a probablement sous-estimée, via les mots de David Kelly :
« On constate que [le système de l’apron] décime les équipes et oblige à prendre des décisions qui n’ont rien à voir avec le basket. »
C’est ainsi qu’on en arrive au cas Jaylen Brown.
Jaylen Brown, un transfert provoqué par le second apron
Le manager des Celtics Brad Stevens a dit publiquement que l’une des principales raisons qui expliquent le transfert de Brown aux Sixers sont les restrictions imposées par le CBA et le besoin d’avoir de la flexibilité : « Cela me semblait compliqué d’avancer avec 70 % de notre plafond salarial consacré à deux joueurs (Brown et Jayson Tatum). »
Pour rappel, Jaylen Brown est au milieu d’un contrat de 285 millions de dollars sur cinq ans, qui va le payer autour de 60 millions de dollars par an d’ici 2029. Il a été transféré après une saison calibre MVP chez les Celtics, contre un Paul George sur le déclin et seulement deux choix de premier tour de draft.
Un trade qui a choqué la planète basket, surtout que Brown évoluait à Boston depuis une décennie et a été un pilier de l’équipe titrée en 2024. Un transfert qui a forcément impacté aussi le joueur en question, qui s’est exprimé à plusieurs reprises (ici et là) sur les challenges qui accompagnent ce déménagement brutal de Boston à Philly. Et surtout, un transfert qui affaiblit les Celtics sur le court terme, dans l’objectif d’être compétitif sur le moyen/long terme. On rappelle que les C’s s’étaient également débarrassés de Jrue Holiday et Kristaps Porzingis en 2025 pour alléger leur masse salariale, un an seulement après le titre.
Jaylen Brown était avec IShowSpeed hier lors de France – Maroc à Boston. Il est revenu sur son trade aux Sixers :
« (La NBA) C’est un business de fou. Ne deviens surtout pas basketteur. Il n’y a aucune loyauté. On m’a mis à la porte. Ils m’ont viré. » 😬😬pic.twitter.com/PkFKDtoTUb
— TrashTalk (@TrashTalk_fr) July 10, 2026
Les nouveaux propriétaires des Celtics ont assuré qu’ils n’avaient pas imposé ce transfert à Brad Stevens, et que ce trade était dans l’intérêt de la franchise pour pouvoir gagner à l’avenir. Ce n’était donc pas officiellement une décision financière.
Néanmoins, au vu du contexte actuel et du CBA en place, de plus en plus de propriétaires pensent à limiter leurs dépenses. James Dolan, proprio des Knicks, a clairement dit qu’il ne voulait pas aller au-dessus du second apron – « ce serait du suicide » pour reprendre ses mots – et a ainsi laissé filer Mitchell Robinson aux… Celtics, alors que ce dernier a participé au titre de champion remporté par New York en juin dernier. On rappelle aussi que seulement une équipe NBA sur 30 dépasse aujourd’hui le second apron : les Cleveland Cavaliers.
L’insider Zach Lowe, lors d’une discussion avec Bobby Marks d’ESPN (spécialiste du salary cap), a parfaitement résumé les craintes de la NBPA suite au transfert de Jaylen Brown :
« Quand on drafte un joueur et qu’il connaît un tel succès que Jaylen Brown, élu MVP des Finales, champion et adulé par la communauté, on a instinctivement l’impression que c’est une erreur de vouloir se débarrasser de son contrat… Il y a quelque chose qui cloche dans un système qui transforme les stars issues de la franchise, dans certains cas – pas tous –, en contrats qui pèsent comme un fardeau. »
Le contre-argument de tout ça, c’est que la NBA – avec ce second apron qui ressemble chaque jour un peu plus à un hard cap (plafond salarial qu’on ne peut pas dépasser) – n’a jamais eu autant de parité : huit champions différents sur les huit dernières années, aucun back-to-back depuis les Warriors 2018, c’est tout simplement du jamais vu dans une Ligue réputée historiquement pour ses dynasties et superteams.
Un argument que David Kelly ne valide pas, lui qui rappelle que l’ère de la parité a commencé avant le nouveau CBA. De plus, on peut se demander si cette parité est vraiment la meilleure chose pour la Ligue et plus globalement ses fans, qui perdent certains de leurs joueurs favoris et voient leur équipe changer de visage régulièrement même quand elle gagne. « Je pense que le fait de pouvoir maintenir la cohésion des équipes contribuera à susciter l’intérêt des supporters » a notamment ajouté le patron du syndicat des joueurs.
Tout ça pour dire que l’objectif est clair du côté de la NBPA : renégocier avec la NBA pour réduire les effets du second apron, et ce avant la fin possible du CBA en 2029.
« Nous ne sommes pas favorables au second apron. Ce n’est pas nous qui avons proposé ça. Nous aurions dû mieux nous opposer au second apron. À l’avenir, notre syndicat sera bien plus soudé, et nous serons plus efficaces dans notre lutte. » – David Kelly
