Les Clippers se remettront-ils un jour de l’ère Kawhi Leonard ?
Le 03 sept. 2026 à 15:50 par Nicolas Meichel

Tard hier soir, la NBA a très lourdement sanctionné les Clippers pour avoir contourné le salary cap dans l’affaire Kawhi Leonard : cinq picks de premier tour de draft supprimés, 30 millions de dollars d’amende, suspension de plusieurs dirigeants dont le propriétaire Steve Ballmer. La franchise de Los Angeles s’en remettra-t-elle un jour ?
Il y a sept ans, à l’été 2019, Steve Ballmer et les Clippers débouchaient le champagne.
Kawhi Leonard, agent libre et dernier MVP des Finales avec Toronto, venait de signer en compagnie de l’ailier All-Star Paul George, recruté au Thunder pour convaincre Kawhi de venir dans la Cité des Anges. Un coup double globalement salué à travers la NBA malgré la grosse contrepartie lâchée à Oklahoma City (Shai Gilgeous-Alexander, cinq choix de premier tour de draft, deux pick swaps).
Les Clippers, trop longtemps dans l’ombre des mythiques Lakers, avaient enfin une équipe calibrée pour jouer le titre NBA.
Nous sommes aujourd’hui le 3 septembre 2026, et les Clippers n’ont sans doute jamais été aussi loin des sommets. Une phrase qui pèse lourd quand on sait que la franchise californienne a longtemps été synonyme de médiocrité en NBA.
Pire encore, ils n’ont aucune porte de sortie, aucune véritable issue pour rebondir. Avec les énormes pénalités infligées par la Ligue hier, les Clippers entrent dans un tunnel sans voir la moindre lumière au bout.
La plus grande sanction jamais infligée par la NBA
Jamais, en plus de 75 ans d’histoire, la Ligue n’avait sanctionné une franchise aussi lourdement :
- Retrait de 5 choix de premier tour de draft (2029 à 2033)
- Amende de 30 millions de dollars (la plus grosse de l’histoire NBA)
- Suspension d’un an pour Steve Ballmer (propriétaire)
- Suspension d’un an pour Gillian Zucker (présidente des opérations business)
- Suspension de six mois pour Lawrence Frank (président des opérations basket)
- Surveillance accrue de la franchise par la NBA pour les 5 prochaines années
Kawhi Leonard, lui, a écopé d’une amende de 700 000 dollars alors qu’il est sur le point de rejoindre les… Toronto Raptors, la franchise qu’il avait quittée en 2019 pour aller à Los Angeles. Son oncle et ancien agent Dennis Robertson, aka « Uncle Dennis » qui était un acteur clé au milieu de ce scandale, a lui été banni de la NBA pour cinq ans.
Cette vague de sanctions rappelle celle infligée aux Minnesota Timberwolves en 2000 dans l’affaire Joe Smith, également pour contournement du salary cap NBA. Les Wolves avaient – comme les Clippers – perdu cinq choix consécutifs de premier tour de draft, mais ont fini par en récupérer deux pour avoir coopéré et accepté la sanction.
Donc pour résumer, les Clippers vont perdre leur :
– 1er tour de Draft 2029
– 1er tour de Draft 2030
– 1er tour de Draft 2031
– 1er tour de Draft 2032
– 1er tour de Draft 2033
Enorme sanction d’Adam Silver pour contournement du salary cap dans l’affaire Kawhi. pic.twitter.com/EvGSPxO5rU
— TrashTalk (@TrashTalk_fr) September 2, 2026
Coopérer et accepter la sanction, ce n’est pas du tout la direction vers laquelle semblent vouloir aller les Clippers. La franchise de Steve Ballmer veut contre-attaquer et pourrait carrément porter l’affaire devant les tribunaux. Celle-ci n’est peut-être donc pas tout à fait terminée, mais partir à la guerre contre la NBA a le potentiel d’empirer encore un peu plus les choses.
« Kawhi Leonard, la pire signature de l’histoire de L.A. »
Depuis que la NBA a annoncé la sanction infligée aux Clippers, la perception de l’ère Kawhi Leonard à Los Angeles a pris une nouvelle tournure. Elle n’était déjà pas très glorieuse, elle est désormais qualifiée de catastrophique par plusieurs grandes figures médiatiques. Un certain Bill Plaschke du Los Angeles Times en fait partie :
« Sept ans après sa signature, Leonard a mis à mal une organisation, s’est aliéné ses supporters et, en somme, a empoché près de 300 millions de dollars de l’argent de Steve Ballmer pour les gaspiller. Il s’est montré blessé, apathique, prétentieux, déconnecté et, globalement, n’a été qu’un véritable casse-pieds pour une franchise redynamisée qui méritait bien mieux.
Kawhi Leonard a été la pire signature d’un agent libre dans l’histoire du sport à Los Angeles. »
Voulant revenir dans sa ville natale de L.A. en 2019, Kawhi était également convoité par les Lakers à l’époque. Sa condition pour choisir les Clippers ? « Faites venir Paul George et je signe ». Vous connaissez la suite : les Clips ont sacrifié une grande partie de leur avenir pour récupérer PG et ainsi convaincre Kawhi, dans le but de gagner sur le court terme. Sauf que le plan ne s’est pas du tout déroulé comme prévu.
Bilan de l’ère Kawhi sur les parquets : sept saisons, seulement trois séries de Playoffs gagnées, et une petite finale de conférence au compteur (la première de l’histoire de la franchise, youhou). Pour une équipe qui voulait atteindre les étoiles, c’est maigre.
Les nombreuses blessures de Kawhi Leonard – qui a joué 331 matchs sur 554 – expliquent en grande partie ce bilan très décevant. Leonard a notamment connu une saison blanche en 2021-22 et a été blessé trois fois en Playoffs. Son duo si prometteur avec Paul George (pas non plus un modèle de durabilité) n’a jamais vraiment pu être maximisé, duo qui a fini par être brisé quand les Clippers ont refusé de prolonger PG au max à l’été 2024.
Pour ne rien arranger, le Thunder a – pendant ce temps-là – franchi les échelons à vitesse grand V pour devenir l’une des meilleures équipes NBA. Oklahoma City a remporté le titre suprême en 2025 sous l’impulsion d’un Shai Gilgeous-Alexander devenu MVP de la Ligue, et grâce aussi à son lieutenant All-Star Jalen Williams qui avait été récupéré en 2022 grâce à l’un des cinq picks offerts par les Clippers à OKC.
LA Clippers first round picks
2018: Shai Gilgeous-Alexander (Blake Griffin trade), Jerome Robinson (own)
2019: to MEM (Jeff Green trade)
2020: to NY (Marcus Morris trade)
2021: Keon Johnson
2022: to OKC (Paul George trade)
2023: swap to OKC
2024: to OKC
2025: swap to OKC
2026:…
— Law Murray 🪛 (@LawMurrayTheNU) September 2, 2026
Si on reprend depuis le début, les Clippers ont d’abord sacrifié Shai Gilgeous-Alexander, cinq choix de premier tour de draft et deux pick swaps pour pouvoir signer Kawhi Leonard via l’arrivée de Paul George. Pendant les sept années qui ont suivi, ils n’ont pas fait mieux qu’une petite finale de conférence. Et aujourd’hui, la franchise de Los Angeles perd cinq picks de draft supplémentaires dans l’affaire Kawhi pour avoir contourné le salary cap.
Au total, cela fait donc : dix picks de draft perdus, SGA sacrifié, une amende de 30 millions de dollars, des dirigeants suspendus et toujours aucune bannière de champion au plafond du tout nouveau Intuit Dome.
Un véritable désastre.
Une reconstruction impossible pour les Clippers
Les espoirs de titre à Los Angeles se sont envolés bien avant que la NBA ne décide de sanctionner très lourdement les Clippers. Ces derniers mois, la franchise californienne s’est rendue à l’évidence et a préféré changer de cap plutôt que de rêver d’une bague qui n’arrivera jamais.
James Harden a été transféré contre Darius Garland – dix ans de moins – et un pick de draft, Ivica Zubac a été envoyé à Indiana dans un trade qui a permis de récupérer Keaton Wagler avec le 5e choix de la Draft 2026, et Kawhi – sous le coup de l’enquête de la NBA – a été renvoyé à Toronto contre deux picks de premier tour (ainsi que Brandon Ingram et Gradey Dick, deux choix de second tour et un pick swap). Les nouveaux mots d’ordre : reconstruction, jeunesse, avenir, tout en voulant rester un minimum compétitif.
Ce plan vient officiellement d’être torpillé par Adam Silver.
Dans l’ère des aprons, qui pénalisent les franchises NBA les plus dépensières en réduisant considérablement leur marge de manœuvre, les choix de draft sont plus précieux que jamais pour monter un projet sportif qui tient la route. Et les Clippers avaient plutôt fait un bon boulot pour renforcer leur capital draft après avoir sacrifié autant de picks au Thunder pour récupérer Kawhi Leonard et Paul George. Avant la sanction infligée par la NBA, Los Angeles possédait neuf choix de premier tour entre 2027 et 2033. De quoi voir venir.
Aujourd’hui, la franchise de L.A. n’en possède plus que… quatre après les cinq que la Ligue a retirés. Parmi ces quatre picks, il y a les deux de Toronto – 2031 et 2033 – que les Clippers devraient logiquement récupérer en échange de Kawhi (si le transfert se confirme), un pick de 2027 et un autre de 2029 qui sont soumis à diverses conditions. Le pick de 2029 récupéré aux Pacers en échange de Zubac fait lui partie des cinq choix annulés par la NBA.
De plus, comme l’indique Yossi Gozlan de Third Apron, aucun des picks que possèdent encore les Clippers ne devrait être transférable à cause de la Stepien Rule (qui empêche une franchise de transférer deux choix de premier tour consécutifs). Ils ne pourront donc pas les utiliser pour tenter de se renforcer sur le marché des transferts.
Clippers updated first-round pick situation after being docked five first-round picks.
They go from 9 first-round picks to 4 over the next seven drafts.
Assuming the Stepien rule applies to forfeited first-round picks, they have 0 first-round picks available to trade. pic.twitter.com/EtOG8AOxwe
— Yossi Gozlan (@YossiGozlan) September 2, 2026
Vous l’avez compris, le capital draft est très faible et laisse peu d’options aux Clippers pour vraiment se renforcer. Leur flexibilité dans les transferts est largement réduite. Et même si la franchise californienne aura de la marge salariale dans les années à venir pour potentiellement signer des agents libres de qualité, on se demande qui va bien vouloir venir à Los Angeles dans un tel contexte. Cette dernière interrogation vaut d’ailleurs aussi pour le coach Tyronn Lue, une référence en NBA, qui est théoriquement sous contrat jusqu’en 2029 mais qui n’a clairement pas signé pour ça…
Le timing des sanctions infligées par la NBA est particulièrement brutal pour les Clippers. Comme on l’a indiqué juste au-dessus, on parle d’une franchise qui vient tout juste d’entamer une nouvelle phase de son projet. Elle ne possède pas de véritable franchise player sur lequel construire, ni de véritable monnaie d’échange pour regagner des picks (à part Darius Garland peut-être, ou en acceptant des contrats « boulet »…), et comptait sur la draft pour progressivement repartir de l’avant. Pour couronner le tout, elle doit continuellement vivre dans l’ombre imposante des Lakers.
Autant dire que c’est un coup de massue potentiellement fatal pour l’avenir de cette équipe.
« Les Clippers sont plus que ba*sés. Cela sonne le glas d’une franchise pour une demi-décennie, une décennie, et peut-être même plus. […] Cette équipe est morte. Les superstars ne viendront pas ici sachant qu’ils ont perdu cinq picks de draft et qu’ils ne peuvent pas faire de vrais transferts. » – Zach Lowe, insider NBA
Certes, au début des années 2000, les Wolves avaient réussi à faire face aux sanctions dans l’affaire Joe Smith pour enchaîner les participations en Playoffs et même atteindre les Finales de Conférence en 2004. Mais Minnesota possédait déjà un noyau dur porté par la superstar Kevin Garnett. C’était une équipe construite pour remporter 50 victoires par saison, rendant les picks de draft moins importants dans le projet sportif. Les Clippers, eux, ont été touchés en plein cœur.
Peut-être que, comme Minnesota il y a 25 ans, la NBA va alléger ses sanctions en rendant un ou deux picks aux Clippers lors des années à venir, à condition qu’ils finissent par accepter la responsabilité de leurs actions. Mais à l’heure de ces lignes, la franchise de Steve Ballmer semble destinée à couler.
Et qui sait quand elle va vraiment réussir à se relever…
